Les conditions de voile dans le chenal des grands voiliers.
Les plaisanciers des marinas de St-Laurent, de St-Michel et de Québec profitent d’un plan d’eau exceptionnel devant Québec et dans le chenal sud de l’île d’Orléans nommé Chenal des Grands Voiliers. Les quelques notes suivantes décrivent les conditions de courant et de vent qu’on y rencontre et font la revue des façons d’utiliser au mieux ces deux éléments pour des sorties à la voile. Le point de départ choisi est la marina de St-Laurent mais les conditions sont les mêmes pour les autres sites. Les nombreux marins d’expérience que je croise sur les quais n’apprendront rien ici. Je destine ces lignes à ceux qui découvrent ou s’apprêtent à découvrir les avantages de ce plan d’eau.
Il faut d’abord constater que l’orientation générale de l’axe du fleuve devant Québec et dans le chenal des Grands Voiliers va du sud-ouest au nord-est. Il y a un coude important et un élargissement face à la pointe Lévis qui procurent des possibilités accrues de manœuvre.
Quand on planifie une sortie d’un jour sur le fleuve, il faut d’abord vérifier l’heure et le sens de la renverse de courant . S’il y a renverse de marée montante à descendante, à partir de St-Laurent , on prévoit aller vers Québec et revenir tandis qu’avec une renverse de descendante à montante, on choisira la direction des îles de Montmagny à l’aller.
Il est utile de se fabriquer un tableau des renverses de courant pour tous les jours de la saison estivale. Il se révèlera utile quand on planifie une sortie avec des amis à l’avance et qu’on veut leur indiquer à quelle heure il leur faut arriver (voir Tableau des renverses de courant, saison 2006, sur ce site) et à quelle heure on prévoit le retour .
Les deuxièmes éléments à évaluer sont la direction et la force du vent. Les vents les plus fréquents viennent du nord-est ou du sud-ouest et soufflent dans l’axe du fleuve. Il y aura forcément une direction où on sera au près et une autre au vent arrière. Un nordet combiné avec une renverse de montante à descendante signifie qu’on fera la première étape avec le vent arrière, donc rapidement et que le retour se fera au près. De plus, au retour, la marée descendante face au nordet va soulever une mer plus ou moins grosse selon la force du vent. Si on prévoit une longue sortie, la première étape peut amener assez loin, disons par exemple, de St-Laurent jusqu’au pont de Québec. Le retour, contre vent et vagues, va durer beaucoup plus longtemps. Il serait sage de réduire la distance du trajet à l’aller en faisant des bordées au vent arrière ou en faisant une pause-repas au Vieux Port ou à la marina de Lévis.
Une autre possibilité est un vent contraire à l’aller, un sud-ouest en montant vers Québec, ou un nordet en allant vers l’est. Dans ces cas, on affronte les conditions plus difficiles au départ, navigation au près et plus grosse mer et on peut prévoir un retour facile et en beauté.
Selon la durée qu’on prévoit pour une sortie, il faut considérer ces diverses conditions. Une erreur d’appréciation peut signifier d’avoir à lutter longuement contre le courant et de revenir beaucoup plus tard qu’on avait prévu. Je me suis déjà fait prendre en partant trop tôt avec une marée descendante et un vent du sud-ouest. Profitant au maximum de la vitesse grisante, en peu de temps, j’étais rendu dans le chenal de la Grosse Île. Comme il restait environ une heure avant la renverse de courant et que je ne voulais pas m’engager dans le chenal du milieu, j’ai amené les voiles et tenté de remonter le courant au moteur. Le bateau avançait lentement mais bientôt, il faisait du sur place et un peu plus tard, le signal que le moteur chauffait se mit à hurler. J’ai compris que des débris amenés par le courant descendant s’amassaient autour de la quille et finissaient par bloquer la prise d’eau du moteur. La solution consistait à tourner dos au courant descendant jusqu’à ce que les débris se libèrent. Je les voyais partir en gros paquets. Je reprenais ensuite ma lente remontée. Il m’a fallu répéter la manœuvre de tourner dos au courant, aux cinq minutes, pendant environ une heure. Je n’ai jamais tant espéré une renverse de courant.
Les vents des secteurs nord à nord-ouest sont moins fréquents que les vents décrits plus haut tandis que les vents de sud à sud-est sont rares. Ces orientations constituent toutefois des occasions privilégiées parce qu’elles permettent des allers-retours vent de travers ou près bon plein et grand largue. L’aller et le retour sont alors à peu près de même durée et les conditions de vague ne sont jamais aussi sévères que dans les conditions de vent contre courant.
Un dernier mot sur la force des vents. La région du Chenal des Grands Voiliers est un paradis de la voile à cause de la force des vents dans le secteur. On rencontre peu de jours sans vent et il y a plusieurs belles journées avec des vents de 10 à 20 nœuds. Quand ça souffle de 20 à 30 nœuds, il est encore possible de sortir à la voile avec des ris, mais il faut être prêt à accepter plus d’inconfort. Au-delà de 30 nœuds, il est préférable de regarder rouler les moutons depuis le confort de la capitainerie.
Bons vents. Solari
[Soumise par Solari]
Posté parMoussaillon samedi 01 avril 2006 - 08:29:16